Le rejet suisse de l’initiative « Sortir du Nucléaire » – Jamais deux sans trois ?

Dimanche 28 novembre 2016, la Suisse a rejeté, à plus de 54% –et par 20 cantons sur 26 –, le référendum d’initiative populaire initié par les Verts relatif à une sortie accélérée du nucléaire. Cette initiative, défendue par les Verts et soutenue par les partis de Gauche, proposait de limiter à 45 ans la durée de vie d’un réacteur. Le peuple suisse a donc suivi la recommandation de l’Assemblée fédérale de voter contre cette initiative déposée le 16 novembre 2012, et assortie de 107 533 signatures valables.

Ce type de votations, relativement classique en Suisse, est autorisé par l’article 139 de la Constitution, qui prévoit notamment que « 100 000 citoyens et citoyennes ayant le droit de vote peuvent, dans un délai de 18 mois à compter de la publication officielle de leur initiative, demander la révision partielle de la Constitution. (…) Toute initiative revêtant la forme d’un projet rédigé est soumise au vote du peuple et des cantons ».

Il ne s’agissait pas de la première occasion, pour les helvètes, de se prononcer sur le thème du nucléaire. En mai 2003, 66% d’entre eux s’étaient déjà montrés défavorables à la désaffection progressive des centrales nucléaires. Or, peu après la catastrophe survenue à Fukushima, les autorités suisses ont pris la décision de fermer leurs centrales, sans toutefois fournir un calendrier précis. L’objet de la votation de dimanche était donc de modifier la Constitution suisse afin, d’une part, d’interdire l’exploitation de centrales nucléaires destinées à produire de l’électricité ou de la chaleur et, d’autre part, de fixer les échéances de mise hors service des différentes centrales présentes sur le territoire national – un an après la votation pour la centrale de Beznau 1 (en service depuis 1969), 45 ans après leur mise en service pour les centrales de Mühleberg (1972), de Beznau 2 (1972), de Gösgen (1979) et de Leibstadt (1984).

L’initiative des Verts était soutenu par une vaste alliance comprenant plusieurs associations environnementales (Pro Natura, Greenpeace, ATE, SSES), différents partis politiques (PS, PEV, PCS, JS), des organisations contre le nucléaire (ContreAtom, Sortir du nucléaire), des syndicats (USS, UNIA, ssp) et des entreprises (Jenni Energietechnik AG).

En revanche, le Conseil fédéral et le Parlement étaient défavorables à l’adoption de l’initiative, estimant que « entraînerait la fermeture prématurée des centrales nucléaires suisses. Il serait en effet impossible de compenser à temps l’abandon de l’électricité nucléaire au moyen d’une électricité issue d’énergies renouvelables et produite en Suisse. Nous serions donc contraints d’importer de grandes quantités d’électricité au cours des prochaines années, ce qui non seulement affaiblirait la sécurité de notre approvisionnement mais constituerait en outre un non-sens écologique, puisque l’électricité produite à l’étranger provient souvent de centrales à charbon. D’autre part, les exploitants pourraient exiger que la Confédération – et donc le contribuable – les dédommage pour les investissements qu’ils ont faits sur la foi de la réglementation en vigueur. Le Conseil fédéral préfère miser sur une sortie progressive du nucléaire, qui laissera au pays le temps de réformer son approvisionnement énergétique » (Explications du Conseil fédéral sur la votation « Sortir du Nucléaire »).

               Le peuple suisse a donc choisi de donner du temps à la mise en place de la stratégie adoptée par le gouvernement. Destinée à être mise en œuvre d’ici à 2050, cette stratégie repose sur trois pôles : l’amélioration de l’efficience énergétique des bâtiments, appareils et transports ; l’accroissement de la part des énergies renouvelables, notamment hydrauliques ; et une sortie progressive du nucléaire.

29 novembre 2016

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